"Veiller sur elle" de Jean-Baptiste Andréa
- doblancke

- 16 mars
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 23 mars

D’abord émerveillée par l’écriture, les personnages et situations atypiques, par la narration vivante de Jean-Baptiste Andréa, je me suis réjouie de ce choix de lecture.
Bientôt après le premier tiers du livre, je commence à m’ennuyer. Venons-en au fait que diable ! Quel est le mystère de cette sculpture enfermée dans les caves d’un monastère d’hommes ?
Oui bien sûr, on traverse, avec la famille Orsini, ce 20è siècle tourmenté par la montée des fascismes et l’invisibilisation des femmes, surtout si elles sont brillantes. C’est intéressant, bien fait et plaisant de voir vivre cette société à deux strates, le peuple et l’aristocratie.
J’adore les trouvailles stylistiques, comme ces répétitions utilisées pour amplifier le texte. Surtout quand elles sont bien placées.
Par exemple, au début du roman Jean-Baptiste Andréa utilise une répétition pour définir les liens entre ses personnages
P84-85 (collection Proche)
« …Ma mère m’avait toujours assuré que j’étais séduisant, que ma taille n’y changeait rien. Mais comme le disait autrefois une amie chère, personne n’écoute sa mère. »
Page suivante, on assiste à la première rencontre entre Mimo et Viola
- On se retrouve ce soir, à dix heures, au cimetière ? répéta-t-elle avec une patience exagérée.
- Mais je croyais que votre mère avait dit…
- Personne n’écoute sa mère.
Elle partit en courant, s’arrêta soudain.
-Tu t’appelles comment ?
On comprend donc par cette astuce littéraire que Viola restera jusqu’à son dernier souffle l’amie chère du narrateur.
J’aime bien cet effet, comme si la phrase était restée gravée dans la mémoire du vieillard qui nous raconte sa vie mouvementée. L’auteur aussi en raffole. Il en place opportunément plusieurs, tout au long de son roman.
Tout ceci est donc très intéressant mais reste pour moi un peu impersonnel. J'assiste aux faits en spectatrice mais je ne suis pas émue.
Il y a foisonnement, accumulation de thèmes abordés jusqu’à l’étouffement : l’amour éternel qui remonte à l’enfance, le fantastique avec Viola qui se transforme en ourse, le handicap physique dont est victime Mimo, le grand potentiel intellectuel de Viola, l’injustice faite aux femmes et l’impasse dans laquelle elles sont d’en sortir, le clergé protecteur mais habile, l’aristocratie déclinante et ses fastes défraîchis puis ravivés par les ambitions politiques fascisantes d’un des membres de cette famille italienne qui se serre les coudes malgré ses différences, les juifs errants, l’opéra populaire, la résilience devant la violence, l’art, l’argent, etc.
Et puis, cerise sur le gâteau, pour terminer le tour des grands thèmes : l’hommage à la triste condition des femmes : Viola qui devient le Christ parce-que :
« si le Christ est souffrance, alors ne vous en déplaise, le Christ est une femme. »
Alors non. Bien trouvé et probablement apprécié du lectorat féminin mais c'est trop. On n’en peut plus de voir l’auteur vouloir plaire à tout le monde en en rajoutant un peu pour chacun.
Ce roman est comme une église baroque. Oui c’est beau mais c’est trop.
Le dernier tiers s'accélère un peu et le soulagement arrive enfin quand un cataclysme détruit tout comme pour ne laisser aucune trace de cette histoire ni de ses personnages. Très habile encore une fois, mais finalement c’est comme dire : « il se réveille et se rend compte que tout ça n’était qu’un rêve ». Mais en plus original, quoique…
Talent sûr, l'expression touche, fait mouche. Recherche historique remarquable, réappropriation de l’histoire et de l’italianité de l’auteur y compris dans le style d’écriture qui me fait penser au roman Montedidio d' Erri De Lucca et au film 1900 de Bernardo Bertolucci.
Le « Francese » a cherché la perfection dans son roman italien. Comme son sculpteur il a voulu nous laisser une œuvre parfaite qui aura traité tous les thèmes auxquels nous sommes sensibles actuellement, dans un style intelligent et riche et une accumulation baroque qui pour ma part m’a écœurée comme un gâteau trop riche.
Dominique Blancke 16 mars 2026




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