"Votre personnage se trouve sur une terrasse à Montreux en 2030"
- doblancke

- il y a 4 jours
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c'est le défi que nous a proposé Lolvé Tillmanns lors d'un de nos ateliers d’écriture au Chalet Mont-Blanc
Et voici ce que les participants ont écrit :
T
Sofia téléportée de Palerme en 1850 à Montreux en 2030
Je me sens un peu nauséeuse ce matin, comme si je tanguais sur un bateau. La mer est vert émeraude et plate comme un lac. C’est ça, un lac. Je me trouve devant une immensité immobile, entourée de montagnes qui tombent à pic dans l’eau. Ce n’est pas la Méditerranée. J’ai la tête qui tourne. Je me pince, je ne rêve pas. Il fait chaud, les passants sont d’une indécence ! A moitié nus. Les femmes comme les hommes. Les enfants crient et courent dans tous les sens, sur des engins à grosses roues ou même en équilibre sur des chaussures qui roulent le long d’un chemin longeant le lac. Des voiles de toutes les couleurs volent au-dessus de l’eau, sans toucher la surface. Ma robe recouvre tout le siège, je n’arrive pas à bouger. J’essaie de la soulever, elle est coincée. Je ne sais pas ce que je fais là, je panique, je veux me lever.
Un homme arrive dans un drôle d’accoutrement. Tout en noir, avec une chemise de corps, le pantalon serré sur ses fesses et dont l’ourlet laisse apparaitre des chaussures blanches et souples. Je lui prie de m’aider. Il me demande ce que je désire, enfin c’est ce que je crois comprendre. Je lui dis en italien et en faisant de grands gestes, que je ne sais pas ce que je fais là. Il hausse les épaules et incrédule, me tend un grand carton dont l’écriture en plusieurs langues me laisse perplexe. Je lui fais non de la tête. Il m’indique une porte dans le fond d’une salle. Que me veut-il ? Je n’arrive plus à retenir mes larmes. Je veux me réveiller. Il me prend le bras gentiment et me conduit à travers la salle d’une drôle d’auberge, sans miroirs, ni dorures. De petites tables rondes sont dispersées autour d’un comptoir en bois. Tout est simple et plutôt lumineux, la salle s’ouvre sur la grande terrasse ensoleillée. Un homme et une femme sont dessinés en quelques traits grossiers sur cette fameuse porte. Avec des petites phrases apprises certainement dans un livre et des gestes, je comprends qu’il veut que je me déshabille dans cette espèce de placard. Il sourit et me demande si je joue dans une pièce de théâtre. Je saisis son ironie. Il commence à m’énerver sérieusement. Il pense que je suis une actrice et peut-être même une gourgandine. J’ai envie de le gifler. Les gens nous regardent et semblent se moquer de moi. De colère, je me retourne vers les clients de la terrasse. Ma robe tourne dans un mouvement ample. Deux verres tombent et se cassent. L’homme qui voulait que je me déshabille, appelle quelqu’un. Une jeune femme dans une tenue provocante, des dessins sur les bras, des cheveux jaunâtres et un anneau dans le nez, me parle dans un italien assez spécial. Mais j’arrive à comprendre le sens de ce qu’elle me raconte. Elle me dit de me calmer et que si je ne veux pas enlever mon déguisement, ce n’est pas un problème. Son collègue a cru comprendre que je voulais me changer. Je me calme un peu. Où suis-je ? Elle se tourne alors vers les clients attablés et leur pose une question en français. Je suis chez les fous. Un homme se lève et vient vers moi. Il veut que je m’allonge sur un sofa. Je refuse. Il me tend un verre d’eau et prend délicatement mon poignet. Son doigt palpe mon pouls, il se penche ensuite et met son oreille sur mon cœur.
C’est assez ! Je me lève d’un bon, le renverse, et m’enfuis en courant le long du lac. Je ne vois rien, je sanglote et, fatiguée, je m’assois sur un petit ponton. J’enlève mon chapeau et défaits mes cheveux, j’ôte mes souliers qui me font si mal et trempe mes pieds dans l’eau. Le calme m’envahit peu à peu. Les nuages entourent les cimes des montagnes, le lac est limpide, d’un bleu nuancé, pastel, qui ne ressemble en rien au turquoise vif de ma Méditerranée. L’atmosphère est calme, les cris joyeux des enfants ne me gênent plus, les passants ne me regardent pas, ils discutent entre eux, rien ne semble les choquer. Certains me sourient, d’autres me regardent bizarrement, je n’entends plus le tintamarre qui provient de la cité que j’aperçois derrière moi. Drôles de maisons séparées par des rues lisses et plates, sans pavés.
Je ferme les yeux un instant. Un grand vent se lève, tourbillonne, m’enveloppe dans un nuage cotonneux et je décolle. Je me laisse flotter au-dessus des monts, des vallées, des rivières scintillantes, des étangs, des forêts, je plane, des myriades d’oiseaux me suivent. Un voyage merveilleux. Tout à coup, en chute libre, mon cœur fait un bon dans ma poitrine. J’atterris en douceur, la robe sur ma tête. Mes pieds dans la mer, le visage levé vers le soleil couchant, dans la douceur du paysage, j’entends qu’on m’appelle, je reconnais le son de la voix de ma mère, je souris. Je suis chez moi. Je ne dirai rien. Jamais. Mais je n’oublierai pas cette aventure étonnante.
Marie-Pierre Soller 29 avril 2026




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